étonnante interview…

J’ai reçu ça :

Une personnalité française, très en retrait de la scène publique depuis quelques temps, porte un regard acéré sur le nouveau président :

Vous semblez vous tenir très informé de l’actualité politique française. Quel regard portez-vous sur notre nouveau président ?

VH : Depuis des mois, il s’étale ; il a harangué, triomphé, présidé des banquets, donné des bals, dansé, régné, paradé et fait la roue… Il a réussi. Il en résulte que les apothéoses ne lui manquent pas. Des panégyristes, il en a plus que Trajan. Une chose me frappe pourtant, c’est que dans toutes les qualités qu’on lui reconnaît, dans tous les éloges qu’on lui adresse, il n’y a pas un mot qui sorte de ceci : habilité, sang-froid, audace, adresse, affaire admirablement préparée et conduite, instant bien choisi, secret bien gardé, mesures bien prises. Fausses clés bien faites. Tout est là… Il ne reste pas un moment tranquille ; il sent autour de lui avec effroi la solitude et les ténèbres ; ceux qui ont peur la nuit chantent, lui il remue. Il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète.

Derrière cette folle ambition personnelle décelez-vous une vision politique de la France, telle qu’on est en droit de l’attendre d’un élu à la magistrature suprême ?

VH : Non, cet homme ne raisonne pas ; il a des besoins, il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Ce sont des envies de dictateur. La toute-puissance serait fade si on ne l’assaisonnait de cette façon. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit, et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve si énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve quelque surprise. On se demande : comment a-t-il fait ? On décompose l’aventure et l’aventurier… On ne trouve au fond de l’homme et de son procédé que deux choses : la ruse et l’argent…Faites des affaires, gobergez-vous, prenez du ventre ; il n’est plus question d’être un grand peuple, d’être un puissant peuple, d’être une nation libre, d’être un foyer lumineux ; la France n’y voit plus clair. Voilà un succès.

Que penser de cette fascination pour les hommes d’affaires, ses proches ? Cette volonté de mener le pays comme on mène une grande entreprise ?

VH : Il a pour lui désormais l’argent, l’agio, la banque, la bourse, le comptoir, le coffre-fort et tous les hommes qui passent si facilement d’un bord à l’autre quand il n’y a à enjamber que la honte…Quelle misère que cette joie des intérêts et des cupidités… Ma foi, vivons, faisons des affaires, tripotons dans les actions de zinc ou de chemin de fer, gagnons de l’argent ; c’est ignoble, mais c’est excellent ; un scrupule en moins, un louis de plus ; vendons toute notre âme à ce taux ! On court, on se rue, on fait antichambre, on boit toute honte…une foule de dévouements intrépides
assiègent l’Elysée et se groupent autour de l’homme… C’est un peu un brigand et beaucoup un coquin. On sent toujours en lui le pauvre prince
d’industrie.

Et la liberté de la presse dans tout çà ?

VH (pouffant de rire) : Et la liberté de la presse ! Qu’en dire ? N’est-il pas dérisoire seulement de prononcer ce mot ? Cette presse libre, honneur de l’esprit français, clarté de tous les points à la fois sur toutes les questions, éveil perpétuel de la nation, où est-elle?

Toutes les réponses sont de Victor Hugo et proviennent de son ouvrage « Napoléon le Petit », le pamphlet républicain contre Napoléon III…
Etonnant non ?

2 Responses to étonnante interview…

  1. Sergio dit :

    On pourrait aussi bien rapporter ces paroles de Hugo à beaucoup d’autres « présidents » avec des manies de petit dictateur (à partir de berlusconi, qui se prépare maintenant à reconquérir le tabouret de satrape dans cette triste province impériale qui est mon Pays): aujourd’hui aussi le monde en est plein.
    Ce qui me fait désespérer, c’est la vénération que des grandes masses de gens semblent donner à ces petits tyranneaux (mais je viens de lire La Boétie, cela peut-être perturbe mon opinion… Ou, pour mieux dire, je l’espère.)

    Pour le reste, j’ai toujours trouvé admirable la vigueur polémique de VH (j’avais un ami qui soutenait que “Quatrevingt-Treize” est le premier roman altermondialiste de l’histoire!).

    Enfin, sache que je lis souvent ici, que je trouve ton blog (j’y suis tombé par hasard) très utile parce que j’y repère beaucoup de choses intéressantes sur les mobilisations écologistes et altermondialistes dans ton pays. Tout ça me permit d’avoir un regard plus large, car ici en Italie actuellement la situation est presque comateuse… On risque de finir dans une impasse et de voir seulement ce qui se passe dans son trou…
    Ciao!

  2. Seb dit :

    Salut Sergio et merci ça fait plaisir (j’ai vu que quelqu’un venait souvent depuis ton blog -merci pour le lien d’ailleurs-, content que tu laisses un com).

    93, de Hugo, il faut que je le lise surtout maintenant que je suis dans le bon département ;-)
    en ce moment je suis dans le comte de Monte-Cristo… pas pareil mais captivant.

    Ca va pêter, moi je te le dis ;-)
    Les clowns sont partout !

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